
BIODIVERSITÉ, UTILISATION DES SOLS ET MODIFICATION DU PAYSAGE
Fin 2024, le domaine du CERN s’étendait sur 624 hectares, répartis ainsi : 116 hectares consacrés aux bâtiments et à l’infrastructure routière, 413 hectares de champs cultivés, prairies et zones récréatives et 95 hectares de forêts et terrains boisés. Il comprend aussi quatre zones humides. Ces zones abritent une vie sauvage riche, dont des espèces rares. Le CERN a mis en place un programme destiné à protéger l’environnement et à favoriser la biodiversité, tout en répondant à ses besoins en constante évolution.
PLAN DIRECTEUR DU CERN
Le Plan directeur (Masterplan) du CERN, publié pour la première fois en 2015 et révisé en 2021, reflète la vision de l’Organisation jusqu’en 2040. Cet outil prend en compte les besoins actuels et futurs du Laboratoire, y compris son possible développement en dehors de la zone clôturée actuelle, ainsi que ceux de ses voisins. Comportant quatre volets (urbanisme, mobilité, protection de l’environnement et aménagement paysager), il sert de guide à l’Organisation pour un développement optimal et cohérent, conciliant efficacité opérationnelle, consommation d’énergie et considérations environnementales.
Le domaine clôturé du CERN évolue constamment, ce qui a des incidences sur certaines zones. Tout est fait pour limiter le plus possible l’impact environnemental des travaux de consolidation des espaces extérieurs (p. ex., construction de bâtiments, amélioration d’un parking, rénovation d’un toit) essentiels au bon fonctionnement de l’Organisation. Des certifications telles que la BREEAM (Building Research Establishment Environmental Assessment Method) offrent un cadre robuste pour la prise en compte de tous les aspects environnementaux, de la conception à l’exploitation en passant par la construction. L’approche BREEAM consiste à évaluer la performance environnementale d’un futur bâtiment au regard de différents critères (énergie, gestion de l’eau, émissions de gaz à effet de serre, qualité de l’air intérieur, utilisation de matériaux durables, gestion des déchets, écologie et biodiversité). Cette méthode a notamment été suivie pour la construction d’un nouveau bâtiment emblématique sur le site de Prévessin, dont les travaux devraient s’achever en 2027. Ce bâtiment de quelque 13 000 m2 abritera des bureaux pour environ 475 personnes, ainsi que des laboratoires et ateliers, des salles de réunion et un restaurant. La certification ouvre la voie à la mise en place de mesures adaptées pour intégrer ce bâtiment dans l’environnement de façon efficace et efficiente, afin de préserver au mieux la biodiversité et le milieu écologique, sur la base d’analyses de l’état initial.
Les aspects environnementaux sont examinés dès le début d’un grand projet. Par exemple, lors de la création du laboratoire à ciel ouvert (Open Sky Laboratory – OSL) au point 5 du LHC à Cessy (France), 10 000 m2 de terrains appartenant au CERN, dont une partie avait été utilisée pour les travaux du HL-LHC, ont été convertis en un espace destiné à des tests sur la molasse (roche sédimentaire) extraite lors des travaux d’excavation du HL-LHC. L’objectif de l’OSL est de déterminer s’il est possible, en utilisant uniquement des substances naturelles, de transformer la molasse en un sol fonctionnel utilisable pour l’aménagement paysager, la foresterie et la renaturation.
Le potentiel de réutilisation des matériaux d’excavation est l’un des facteurs qui contribueront à l’acceptabilité environnementale et à la rentabilité des futurs projets d’accélérateurs souterrains.
L’utilisation optimale de l’infrastructure existante est un pilier de l’approche de consolidation du CERN. Il s’agit de réévaluer régulièrement les besoins en espaces de stockage afin que ceux-ci n’empiètent pas sur les espaces verts et que leur gestion soit optimisée en centralisant et en regroupant le mieux possible. Cette démarche s’inscrit dans la stratégie de l’Organisation, qui a fixé notamment comme priorité la prévention et la réduction de son impact sur l’environnement. Lorsque l’impact est inévitable, des plans sont élaborés afin de le limiter. La compensation n’est envisagée qu’en dernier recours.
En outre, une étude a été lancée, avec l’aide du canton de Genève, en vue d’élaborer une charte de l’intégration paysagère qui viendra compléter le Masterplan du CERN, dans le respect du plan sectoriel suisse et des besoins futurs du CERN. Ses résultats seront publiés dans les futurs rapports.

PRÉSERVER LE PAYSAGE, FAVORISER LA BIODIVERSITÉ
Le CERN a mis en œuvre différentes mesures visant à favoriser la biodiversité sur ses terrains. Son approche repose sur un entretien minimal, consistant à peu arroser et à utiliser le moins d’engrais et de produits chimiques possible. Une tonte tardive permet aux plantes et aux animaux de se reproduire, et le pâturage des moutons aide à la gestion des prairies dans certains secteurs, représentant 10 hectares sur le site de Meyrin et 25 sur celui de Prévessin.
Le plan d’action du CERN en matière de biodiversité pour la période 2021-2025, élaboré par un groupe de travail sur la biodiversité constitué en 2020, et basé sur les réglementations et les bonnes pratiques des États hôtes dans ce domaine, prévoit un ensemble d’initiatives visant à préserver et à enrichir l’environnement naturel de l’Organisation. Grâce à l’inventaire de la faune et de la flore réalisé en 2022, environ 50 hectares de zones d’intérêt écologique ont été classés comme prioritaires à protéger. Ces données sont aujourd’hui pleinement intégrées à la base de données du système d’information géographique de l’Organisation (GIS). L’inventaire a été complété par un recensement des essences d’arbres présentes sur les sites, et leur taille et le diamètre de leur cime ont été intégrés à la base de données du GIS pour une meilleure compréhension de l’environnement du CERN et une gestion et une surveillance renforcées de l’impact des projets et chantiers. Sur les plus de 2 200 arbres répertoriés, un certain nombre d’essences remarquables ont été identifiées, dont de vieux chênes, frênes et tilleuls. Pendant la période concernée par ce rapport, une visite virtuelle des sites du CERN a par ailleurs été créée afin de permettre à chacun de découvrir la biodiversité du Laboratoire lors d’une promenade interactive.
Outre son domaine clôturé, le CERN possède 95 hectares de forêts et de terrains boisés, dont la majeure partie se situent en France et sont gérés conjointement avec l’Office National des Forêts (ONF). En 2023-2024, un plan de gestion des forêts axé sur la biodiversité a été élaboré pour les parcelles forestières du CERN. Conçu en collaboration avec l’ONF et devant être publié en mars 2025, ce plan a pour but de renforcer la fonction écologique des zones concernées grâce à des stratégies ciblées. Ces stratégies incluent la libre évolution, la sécurisation des sentiers et la pose de clôtures, les récoltes sélectives pour renforcer les arbres mûrs, l’enrichissement par la plantation anticipée afin de favoriser la régénération naturelle, la régénération par ensemencement, et la coupe d’amélioration afin de promouvoir la biodiversité.
Parmi les futures actions de préservation de la biodiversité qui seront menées, on peut citer la réduction de la pollution lumineuse, la lutte contre les espèces invasives, la promotion d’une agriculture durable et l’élaboration d’un programme de plantation d’arbres pour atténuer les îlots de chaleur (voir Pour aller plus loin).

OBJECTIFS POUR 2030
D’ici à 2030, l’objectif du CERN en matière de biodiversité est de préserver et développer les zones naturelles, agricoles et forestières se trouvant sur son domaine, en protégeant la faune et la flore dans les écosystèmes identifiés (fruticées, prairies, espaces boisés, zones humides) et en réduisant les îlots de chaleur sur ses sites.
POUR ALLER PLUS LOIN
Jean-Paul Bergoeing est ingénieur en environnement au sein de la section Prévention environnementale du groupe Environnement.
— En quoi l’étude sur les îlots de chaleur était-elle importante et comment s’est-elle déroulée ?
JPB : L’étude sur les îlots de chaleur permet de comprendre comment les zones urbanisées peuvent faire augmenter localement la température par rapport aux zones environnantes. C’est ce qu’on appelle communément les « îlots de chaleur urbains » (ICU). Ces différences de température peuvent avoir des conséquences sanitaires et environnementales, et notamment nuire au confort et à la productivité du personnel, augmenter la consommation d’énergie, perturber la faune et la flore locales et dégrader la qualité de l’air, en particulier lors de vagues de chaleur extrêmes.
Notre étude reposait sur des techniques géomatiques de traitement des données visant à caractériser la couverture arborée du CERN et à évaluer la répartition de la chaleur. Nous avons utilisé des images du satellite Landsat-8, qui permet l’accès à de grandes quantités de données et offre une vaste couverture spatiale. Landsat-8 est un satellite qui recueille des images haute résolution de la planète dans les spectres visible, proche infrarouge et infrarouge thermique, fournissant des informations détaillées sur la surface terrestre. Grâce à ces informations, nous pouvons déterminer la température de la surface terrestre (TST) et estimer l’intensité du phénomène d’ICU.
— Quels enseignements le CERN a-t-il tirés de cette étude, notamment pour la planification future ?
JPB : Cette étude a révélé les zones des sites clôturés du CERN présentant une température de surface sensiblement plus élevée que la température ambiante des alentours, les surfaces de parking et les toitures de bâtiments imperméables contribuant à ce problème.
En outre, nous avons appris que les zones ayant une faible couverture forestière et des surfaces imperméables sont les plus chaudes, ce qui prouve qu’une couverture forestière réduite joue un rôle majeur dans la création des ICU. Heureusement, la plantation d’arbres est possible sur environ 35 % de la surface totale des sites clôturés, dont environ 4 % sur des surfaces actuellement imperméables, telles que des parkings.
Cette information peut être utilisée pour élaborer un programme sur mesure de plantation d’arbres tenant compte des différents types d’îlots de chaleur, des contraintes liées à l’infrastructure complexe et des besoins du personnel. Les résultats de cette étude seront utilisés pour promouvoir un campus plus frais et plus sain. Ils orienteront également l’établissement d’une stratégie de végétalisation visant à la fois à atténuer les ICU et à favoriser la biodiversité et les écosystèmes sur le domaine.

