
DÉCHETS
La stratégie du CERN vise à garantir une gestion efficace des déchets en accordant la priorité à la sécurité tant pour les personnes que pour l’environnement.
GESTION DES DÉCHETS CONVENTIONNELS
Au CERN, les déchets conventionnels, qui découlent en majorité de ses activités, sont classés en trois catégories : déchets du campus, déchets industriels et déchets de chantier. Ils sont eux-mêmes classés en déchets non dangereux et en déchets dangereux.
Le CERN dispose d’un système centralisé de gestion permettant de surveiller la collecte et le transport des déchets du campus et des déchets industriels. Un inventaire des déchets quittant le Laboratoire est également assuré par ce système, garantissant la traçabilité des filières d’élimination. Les déchets dangereux sont temporairement stockés dans une zone tampon respectant les règles de sécurité applicables et sont collectés chaque semaine. Le Laboratoire collabore avec des prestataires agréés pour l’élimination des déchets conventionnels autres que métalliques et électroniques, ces deux derniers types de déchets étant triés et vendus à des fins de réutilisation et/ou recyclage.
Le présent rapport ne tient pas compte des équipements en fin de vie collectés par le fournisseur ou renvoyés à ce dernier. Le CERN s’est engagé à améliorer la traçabilité des déchets de chantier gérés par ses contractants, qui sont responsables de l’élimination de leurs propres déchets conformément à la réglementation des États hôtes, et sont tenus de rendre des comptes au CERN à cet égard. Par conséquent, seules des données partielles sur les déchets de chantier sont incluses dans ce rapport, mais des données plus complètes seront fournies dans les futurs rapports.
En 2023 et 2024, le CERN a éliminé respectivement 3 625 et 3 419 tonnes de déchets non dangereux, et 1 379 et 975 tonnes de déchets dangereux (conventionnels et radioactifs).
| Exemples de déchets conventionnels non dangereux | Exemples de déchets conventionnels dangereux |
|---|---|
| Métaux, verre, PET, papier et carton, capsules de café, déchets organiques biodégradables, déchets ménagers, déchets volumineux. | Produits chimiques et leurs contenants, batteries, cartouches d’encre, ampoules et tout équipement ou matériau contaminé par des substances dangereuses. Les équipements électriques ou électroniques sont surveillés conformément à la réglementation suisse OMod. |
FEUILLE DE ROUTE POUR LES DÉCHETS CONVENTIONNELS
Le CERN aspire à devenir un campus respectueux de l’environnement, observant scrupuleusement les réglementations française et suisse relatives à la gestion et à l’élimination des déchets. La feuille de route de gestion des déchets, publiée pour la première fois en août 2022, est régulièrement réexaminée afin de garantir sa conformité avec les bonnes pratiques.
La stratégie de gestion des déchets du CERN repose sur le principe des « 5 R » : Refuser, Réduire, Réutiliser, Recycler et Rendre à la terre. L’Organisation s’efforce de réduire le volume de ses déchets à la source et affine ses méthodes de tri pour augmenter ses taux de recyclage et de réutilisation et améliorer la traçabilité grâce à une meilleure prise en compte des catégories de déchets. Cette stratégie s’appuie sur un programme de surveillance des données éclairant la prise de décisions. La participation de toute la communauté du CERN est indispensable à la réalisation de ces objectifs ; une gestion des déchets responsable est encouragée grâce à une communication continue et à des campagnes de sensibilisation.
Augmenter le recyclage des déchets non dangereux, représentant plus de 70 % en poids du total des déchets produits au CERN, est une priorité. Toutefois, du fait de l’engagement accru du Laboratoire en faveur de la réutilisation, l’enjeu pour 2030 est passé du simple recyclage à la notion plus large de valorisation : ce terme, qui englobe réutilisation et recyclage, est plus représentatif des efforts du CERN pour réduire ses déchets (voir Objectifs pour 2030).
En 2023 et 2024, respectivement 60 et 56 tonnes de déchets non dangereux ont été détournées du circuit d’élimination.
Afin que le personnel puisse plus facilement trier et éliminer ses déchets, des conteneurs de tri des déchets du campus, y compris pour différents métaux, sont à présent disposés dans les nombreux bâtiments et ateliers du Laboratoire. Des points de collecte permettent également de centraliser les déchets volumineux et améliorent la qualité du tri grâce à un affichage clair.
Le CERN exploite également un centre de récupération et de vente, où tout est préparé pour être réutilisé ou recyclé, puis trié selon les canaux appropriés. Le matériel récupéré et vendu provient du campus et des installations qui ne sont plus exploitées. Ce centre gère aussi des objets de faible valeur issus du Laboratoire et de ses bureaux (ordinateurs, meubles, métaux, batteries, matériel électronique et informatique, luminaires, appareils de réfrigération, papier et carton, plastique, verre, gravats, objets encombrants et bois, etc.). Un système a été créé pour la récupération, la restauration et la vente d’équipements réutilisables (meubles, matériel informatique et appareils électroniques) via un catalogue web interne. Le centre fera l’objet de travaux de rénovation dès 2025 afin de le mettre en conformité avec les normes de sécurité — y compris environnementale — les plus strictes, d’avoir plus d’espace pour les objets réutilisables et d’élargir l’éventail des déchets pris en charge.


DÉCHETS NON DANGEREUX PAR FILIÈRE D’ÉLIMINATION 2017–2024
Les fluctuations en tonnes métriques absolues dans le temps dépendent en grande partie des activités de chantier et des projets de génie civil requis pour le programme scientifique. Dans ce contexte, les déchets de chantier des contractants ne sont reflétés que partiellement dans les chiffres ci-dessus ; un travail est en cours pour améliorer la collecte et la centralisation des données, afin de les inclure dans les futurs rapports.
DÉCHETS DANGEREUX PAR FILIÈRE D’ÉLIMINATION 2017–2024
GESTION DES DÉCHETS RADIOACTIFS
La gestion responsable de ses déchets radioactifs est une priorité pour le CERN. Générés principalement par les interactions des particules avec les équipements des accélérateurs, ces déchets ont généralement des niveaux de radioactivité allant de très faible à intermédiaire. Il s’agit de matériaux tels que des métaux, des câbles et des éléments d’accélérateur, et de certains objets utilisés pour la maintenance, notamment des gants et des filtres ayant pu être légèrement contaminés par de la poussière radioactive. Le CERN met en œuvre des stratégies visant à réduire la poussière radioactive (à la source ou par la réutilisation). Les matériaux présentant une activité résiduelle très faible sont recyclés. L’équipe du CERN chargée de la radioprotection supervise la surveillance et la classification des déchets des accélérateurs, dont le tri et le conditionnement se font dans une installation spéciale. Avant d’être éliminés, les déchets radioactifs sont stockés temporairement dans une zone spécifique.
Le CERN élimine ses déchets radioactifs via les filières agréées suisses et françaises. L’Organisation optimise en continu les processus et étudie de nouvelles possibilités concernant les déchets radioactifs de niveau intermédiaire. En Suisse, il existe une procédure de libération pour les déchets ne relevant plus de la catégorie « radioactifs » selon l’ordonnance suisse sur la radioprotection (ORaP). La libération ou le recyclage sont privilégiés pour les déchets métalliques et les câbles, afin de réduire le volume total envoyé vers les sites de stockage des États hôtes et de réduire les coûts (voir Pour aller plus loin).
En 2023 et 2024, le CERN a éliminé respectivement 506 et 217 tonnes de déchets radioactifs, et réutilisé respectivement 457 et 1 435 tonnes d’acier, de fonte et de béton.
ÉTUDE SUR LES DÉCHETS RADIOACTIFS
Dans le cadre de l’Accord tripartite relatif à la protection contre les rayonnements ionisants et à la sûreté des installations, conclu entre le CERN et ses États hôtes, l’Organisation publie régulièrement une étude sur la gestion de ses déchets radioactifs. La dernière mise à jour a été publiée en juillet 2024, à la suite d’un processus itératif mené avec les États hôtes. Elle comprend des estimations de la production et de l’élimination des déchets radioactifs au cours des 20 prochaines années, sur la base des données disponibles au 31 décembre 2022.
Compte tenu des approches différentes en matière d’élimination des déchets radioactifs en France et en Suisse, les catégories de déchets sont réparties entre les deux pays et leurs filières respectives selon le principe du « partage équitable », inscrit dans l’Accord tripartite. La mise en œuvre de recommandations est suivie grâce à des indicateurs comme le volume de déchets, la radiotoxicité et les coûts d’élimination, et est examinée annuellement avec les États hôtes.
OBJECTIFS POUR 2030
D’ici à 2030, l’Organisation s’est engagée à maintenir le taux de valorisation de ses déchets non dangereux au-dessus de 70 %, en poids. Par ailleurs, l’Organisation entend augmenter de 10 % le taux de réutilisation par rapport à 2022 et réduire de 5 % la quantité de « déchets ménagers » produits par personne sur le domaine (le tout en poids).
L’objectif pendant cette période est de limiter la production de déchets radioactifs issus des activités de l’Organisation et de maintenir au-dessus de 55 tonnes/an la quantité de déchets recyclés à partir d’anciens déchets radioactifs libérés.
POUR ALLER PLUS LOIN
Gérald Dumont dirige la section Gestion des déchets radioactifs au sein du groupe Radioprotection du CERN.
— L’Étude sur les déchets radioactifs présente les filières correspondant aux différentes catégories de déchets. Quelles ont été les solutions envisagées pour les déchets métalliques ?
GD : Au CERN, environ 90 % du volume total de déchets radioactifs de catégorie FMA (de faible et moyenne activité) sont métalliques. Il est donc essentiel de suivre un processus de traitement et d’élimination pour cette catégorie de déchets. Des technologies éprouvées existent pour traiter les déchets métalliques radioactifs de catégorie FMA. La fusion est la plus prometteuse : elle permet une réduction optimale du volume de déchets, une caractérisation radiologique précise et limite les manipulations au CERN, les lingots produits pouvant être directement acheminés de la fonderie vers l’ANDRA, le site de stockage définitif en France.
— Comment le CERN a-t-il mis en place cette solution de fusion ?
GD : Dans le cadre de la stratégie d’élimination des déchets FMA, élaborée en 2018, nous avons lancé en 2019 le projet MAST (Melting of Activated STeel). Objectif : mener une campagne pilote de traitement et d’élimination par fusion des déchets métalliques de catégorie FMA. Un lot pilote de 19 m3 de déchets métalliques FMA a été fondu fin 2022, avec un facteur de réduction du volume de 10. Les lingots pilotes ont été acheminés jusqu’à l’ANDRA en juin 2023. Une première filière d’élimination des déchets FMA a ainsi pu être inaugurée.
— Quelles sont les filières envisagées pour gérer les déchets radioactifs métalliques ne pouvant être ainsi traités ?
GD : Une nouvelle filière pour les déchets métalliques volumineux ne pouvant être fondus, faisant appel au site de l’ANDRA, a été inaugurée en 2022 pour compléter la filière MAST. Il s’agit du projet ABEILLE (ANDRA Bulky Elimination of Intermediate and Low Level wastE). Une fois conditionnés au CERN dans des conteneurs de 5 ou 10 m3, les métaux seront enrobés dans du mortier au Centre de stockage de l’Aube, selon les processus et les critères de réception prévus. Ce projet a déjà passé trois des quatre étapes du processus d’approbation de l’ANDRA. La dernière étape consiste en l’approbation formelle de la filière par l’ANDRA, à la suite de quoi le CERN enverra un lot pilote de 15 m3 sur le site de stockage en 2025. À terme, l’objectif est d’éliminer un volume annuel de 10 à 40 m3.
