
ÉMISSIONS
La volonté du CERN de limiter le plus possible son impact environnemental implique une démarche de réduction de ses émissions directes et indirectes, telles que définies par la méthode du Protocole des gaz à effet de serre (GES), sur lesquelles il exerce un contrôle opérationnel.
Au CERN, le champ 1 regroupe les émissions directes provenant des installations (expériences comprises) et véhicules de l’Organisation, le champ 2 les émissions indirectes liées à l’électricité achetée pour son usage interne et le champ 3 toutes les autres émissions indirectes (voyages professionnels, trajets domicile-travail, restauration, déchets, purification de l’eau et achats).
ÉMISSIONS DIRECTES – CHAMP 1
Les efforts de réduction des émissions directes de gaz à effet de serre (GES) du CERN ciblent en priorité ses grandes expériences, qui utilisent des mélanges de gaz permettant d’optimiser la détection de particules et le refroidissement des détecteurs. Il s’agit surtout de gaz et de réfrigérants de synthèse, notamment des gaz fluorés ayant, pour certains, un potentiel de réchauffement climatique élevé.
Les gaz fluorés sont largement utilisés au CERN, car très efficaces pour le refroidissement des détecteurs comme pour la détection de particules. Dans les systèmes de refroidissement, ils maintiennent les températures stables. Dans les détecteurs, ils sont essentiels pour repérer des interactions de particules par la détection du passage de particules chargées, avec une excellente précision spatiale et temporelle et, parfois, par la production de signaux lumineux (rayonnement Tchérenkov), permettant d’identifier les particules.
Parallèlement à la R&D visant à identifier des gaz au potentiel de réchauffement climatique plus faible, le CERN a publié en 2024 une politique sur les gaz fluorés formalisant l’engagement et la stratégie de l’Organisation en matière de réduction des émissions de ces gaz. Cette politique sera mise en œuvre à travers diverses mesures : gestion et surveillance efficaces des achats et de l’utilisation de gaz fluorés, formation du personnel et communication à destination des différents acteurs.
Le présent rapport porte sur deux années complètes d’exploitation des accélérateurs. En 2023 et 2024, les émissions de champ 1 du CERN s’élevaient respectivement à 170 482 tonnes d’équivalent CO2 (teqCO2) et 170 024 teqCO2. Ces chiffres sont légèrement inférieurs à ceux de 2022 (184 173 teqCO2).

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La catégorie « Autres » englobe la climatisation, l’isolation électrique, les générateurs de secours et la consommation de carburant par les véhicules du CERN. « RUN » = période d’exploitation ; « LS » = long arrêt.

Les valeurs en teqCO2 ont été calculées sur la base de la consommation réelle des différents gaz, pondérée selon leur potentiel de réchauffement climatique. Les données concernant le potentiel de réchauffement climatique sont basées sur le 4e rapport d’évaluation du GIEC de 2007 (AR4), et correspondent à celles référencées dans le Règlement européen no 517/2014 relatif aux GES fluorés. Les futurs rapports utiliseront des valeurs de potentiel de réchauffement climatique basées sur le 6e rapport d’évaluation du GIEC (AR6). Toutes les données liées aux émissions et objectifs de réduction associés seront modifiées en conséquence.
TROIS AXES DE RÉDUCTION DES ÉMISSIONS
Le CERN a élaboré une stratégie spéciale de réduction de ses émissions directes liées à la détection de particules, au refroidissement de détecteurs et à la conception de détecteurs. Elle comporte trois axes : recirculation des gaz, récupération des gaz et recherche de gaz plus écoresponsables.
Dans le contexte de la détection de particules, les émissions de gaz fluorés proviennent en majorité de fuites dans les systèmes de distribution de gaz de certains détecteurs. Ces fuites fréquentes sont liées à l’imbrication des détecteurs dans des espaces compacts et leur origine est souvent difficile à repérer. Des campagnes de réparation ont régulièrement lieu pour les contenir et les limiter. Celles lancées à ATLAS et CMS lors du deuxième long arrêt se sont poursuivies à chaque arrêt technique hivernal et reprendront dès le début du troisième long arrêt (mi-2026). La procédure de réparation des fuites est menée selon un protocole optimisé, pour des résultats stables et fiables. Par ailleurs, ATLAS a mis au point une technique prometteuse consistant à injecter une résine dans les boîtiers d’admission des gaz afin d’empêcher la formation de nouvelles fuites au niveau des entrées.
Une autre stratégie de réduction des émissions liées aux détecteurs consiste à diluer les mélanges actuellement utilisés avec des gaz au potentiel de réchauffement climatique plus faible.
Ainsi, le CO2 a été introduit pour remplacer 30 % du gaz HFC-134a dans les chambres à plaques résistives d’ATLAS, et environ 10 % du gaz CF4 dans le détecteur RICH2 de LHCb.
Le refroidissement au CO2 a connu d’importantes avancées. Son efficacité dans la plage de températures autour des -50 °C fait de cette technique un élément-clé de la stratégie du CERN pour réduire de 28 % ses émissions directes de champ 1 d’ici mi-2026. Plusieurs systèmes ont déjà adopté le CO2, et des progrès notables ont été faits en 2023-2024 concernant la mise à niveau des systèmes de refroidissement des détecteurs internes d’ATLAS et de CMS. En 2024 ont débuté les travaux en surface d’installation des stations principales de refroidissement au CO₂ ; les travaux souterrains d’installation des stations secondaires sont en cours et se poursuivront lors du prochain long arrêt.
RECIRCULATION ET RÉCUPÉRATION
Les systèmes de recirculation réduisent le besoin en nouveaux gaz et donc les émissions. Les systèmes de grande dimension déployés au CERN ont permis d’optimiser l’utilisation des gaz dans un contexte où l’impact environnemental et les coûts prennent de plus en plus d’importance. Pendant la période concernée par ce rapport, afin de diminuer la part, relativement modeste, des émissions liées aux tests en laboratoire, le CERN a élaboré un système de micro-recirculation peu coûteux, sous forme de kit à monter. Un système de ce type est utilisé pour des démonstrations au Portail de la science du CERN et équipe déjà certains laboratoires au CERN et ailleurs.
La récupération consiste à capter les gaz utilisés, à les débarrasser des impuretés et à réutiliser la partie utile de ces gaz, au lieu de les rejeter dans l’atmosphère. Une station de récupération du HFC-134a, issu du mélange de gaz des chambres à plaques résistives, a été conçue au CERN et est utilisée à CMS depuis 2024. Elle fonctionne avec une efficacité de récupération de 80 %. Des chercheurs tentent actuellement de mettre au point un système basé sur une méthode de séparation différente, afin d’atteindre une efficacité proche de 90 %.
En outre, une nouvelle station de récupération du C4F10 pour le détecteur RICH1 de l’expérience LHCb, conçue en 2024, est en cours de construction et devrait être opérationnelle en 2025. Basé sur deux principes de fonctionnement différents : l’évaporation flash et la colonne de distillation, ce nouveau modèle permettra d’obtenir une efficacité supérieure à celle obtenue précédemment.
RECHERCHE DE GAZ ALTERNATIFS
Outre l’utilisation accrue du CO2 pour refroidir les détecteurs, la recherche d’alternatives aux GES utilisés pour la détection de particules est une priorité pour le CERN. Cette recherche s’applique aux détecteurs existants et futurs et nécessite de nombreux tests pour garantir la bonne performance et la durabilité des détecteurs.
Des études sont en cours pour mettre au point de nouveaux gaz au potentiel de réchauffement climatique plus faible que le SF6 et le HFC-134a, l’accent étant mis sur les hydrofluoroléfines (HFO). De nouveaux mélanges de gaz sont actuellement testés, dont le HFO-1234ze, utilisable dans les chambres à plaques résistives. Les expériences devant fonctionner pendant les dix ans qui suivront le troisième long arrêt, il est crucial de trouver des mélanges qui ne dégradent pas les composants et la performance.

ÉMISSIONS INDIRECTES – CHAMP 2
EDF, principal fournisseur d’électricité du CERN, produit de l’électricité à faible émission de carbone, principalement d’origine nucléaire, ce qui contribue à maintenir les émissions énergétiques à un niveau relativement bas. L’Organisation s’appuie sur la méthodologie axée sur l’emplacement géographique, avec des calculs fondés sur la moyenne annuelle des facteurs d’émission tirée de la Base Empreinte© de l’ADEME. En 2023 et 2024, les émissions de champ 2 liées à la consommation électrique du CERN s’élevaient respectivement à 63 572 et 66 965 teqCO2 (voir Énergie).

Le calcul des émissions liées à l’électricité suit la méthodologie axée sur l’emplacement géographique, avec une moyenne annuelle des facteurs d’émission tirée de la Base Empreinte® de l’ADEME. De 2017 à 2019, le CERN a exploité un centre de données au Centre Wigner à Budapest (Hongrie), dont les émissions sont également indiquées. Les facteurs d’émission utilisés pour la Hongrie ont été repris de la base Bilan Carbone® V8.4.
AUTRES ÉMISSIONS INDIRECTES – CHAMP 3
Au CERN, les émissions de champ 3 sont liées au traitement des déchets et à la purification de l’eau, aux voyages professionnels, aux trajets domicile-travail, à la restauration et aux achats. Pour ces catégories – sauf les achats, qui font l’objet d’une section distincte – les émissions ont été évaluées au moyen d’une approche du contrôle opérationnel basée sur la norme comptable du Protocole des GES, en appliquant les facteurs d’émission ecoinvent et AGRIBALYSE aux données basées sur les activités et en utilisant les valeurs de potentiel de réchauffement climatique établies par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dans son 6e rapport d’évaluation (AR6, 2021). Conformément aux exigences des normes GRI et du Protocole des GES, les émissions biogéniques ont été calculées à l’aide de la méthode 2021 du GIEC ; elles sont indiquées dans ce chapitre, aux côtés des émissions fossiles, et incluent les émissions liées à la biodégradation ou à la combustion de la biomasse. Le CERN ne participe à aucun programme de compensation.
En 2023 et 2024, les émissions de champ 3, à l’exception de celles liées aux achats, s’élevaient respectivement à 10 091 et 11 553 teqCO2 (1 487 et 1 794 teqCO2 d’émissions biogéniques), soit moins de 10 % du total des émissions de champ 3 de l’Organisation.

La méthode de calcul utilisée correspond à celle du Protocole des GES. Les facteurs d’émission pour 2023 et 2024 ont été repris de la base de données ecoinvent 3.10 pour les déplacements domicile-travail, les déchets et l’eau, et de la base de données AGRIBALYSE 3.1 pour la restauration. La méthode utilisée pour calculer l’impact est celle employée par le GIEC dans la version V1.01 de son rapport de 2021 sur le PRG à 100 ans. Remarque : les données portant sur les années couvertes par les précédents rapports n’ont pas été recalculées. Concernant les voyages professionnels, une modification des données sources utilisées pour compiler les données relatives aux voyages en 2021 a entraîné des erreurs de calcul pour 2021 et 2022, les vols aller-retour ayant été comptés comme des allers simples. Ces erreurs ont été corrigées dans le présent rapport. Les émissions liées aux achats ne sont pas prises en compte. Ils font l’objet d’une section distincte (voir ci-après).
TRAITEMENT DES DÉCHETS ET PURIFICATION DE L’EAU
La catégorie « Déchets » inclut les déchets envoyés dans différentes filières d’élimination et l’eau destinée aux stations de traitement des eaux usées. En 2023 et 2024, les émissions indirectes liées au traitement des déchets s’élevaient respectivement à 1 522 et 1 312 teqCO2 (543 et 497 teqCO2 d’émissions biogéniques). Les émissions de champ 3 liées à la purification de l’eau s’élevaient, quant à elles, respectivement à 152 et 144 teqCO2 (226 et 223 teqCO2 d’émissions biogéniques).
VOYAGES PROFESSIONNELS
Sont considérés ici seuls les voyages professionnels et les trajets domicile-travail du personnel rémunéré par le CERN, soit environ 5 000 personnes ; les voyages des utilisateurs du CERN ne sont pas couverts (voir Approche managériale), ceux-ci étant généralement financés et gérés par leur institution hôte. Compte tenu de l’ampleur de la communauté des utilisateurs du CERN, il est probable que les émissions liées à leurs voyages dépassent nettement celles du personnel rémunéré par le Laboratoire, d’où un impact considérable sur cette catégorie d’émissions.
En 2023 et 2024, les émissions liées aux voyages professionnels s’élevaient respectivement à 3 304 et 3 658 teqCO2 (4 teqCO2 d’émissions biogéniques pour chaque année). La plupart sont liées aux voyages en avion, surtout aux vols long-courriers.
Un groupe de travail sur les voyages professionnels a été créé en 2022 afin de formuler des orientations visant à réduire les émissions liées à ces déplacements tout en évitant d’éventuelles retombées négatives pour le CERN. Approuvées par le Directoire élargi en janvier 2024, les orientations soulignent que la collaboration internationale est essentielle à l’accomplissement de la mission du Laboratoire, mais qu’il convient de montrer collectivement l’exemple en réduisant les émissions liées aux voyages professionnels. Il est notamment recommandé de réduire les voyages en avion en envisageant la participation à distance aux réunions et conférences, et d’éviter les déplacements à la journée. En outre, l’utilisation des transports terrestres, en particulier le train, doit être privilégiée pour les distances allant jusqu’à 700 km, en fonction des possibilités, en tenant compte de la durée et du coût. Les recommandations prévoient aussi des lignes directrices encourageant les organisateurs d’événements et les participants à faire des choix réfléchis et respectueux de l’environnement.
En 2024, à des fins de sensibilisation, les services de gestion des voyages du CERN ont adopté un nouveau système de réservation de transports comprenant une fonctionnalité indiquant les émissions estimatives liées aux options de déplacement choisies.
TRAJETS DOMICILE-TRAVAIL
Les émissions liées aux trajets domicile-travail ont été calculées pour le personnel rémunéré par le CERN. En 2023 et 2024, elles s’élevaient respectivement à 5 340 et 5 382 teqCO2 (36 teqCO2 d’émissions biogéniques pour chaque année). En parallèle, environ 12 000 utilisateurs se rendent régulièrement au CERN sur des périodes de durée variable. Leurs émissions, ainsi que celles des contractants travaillant sur site, ne sont pas prises en compte dans les calculs.
Le CERN s’est fixé comme objectif pour 2025 de maintenir constant le nombre de trajets domicile-travail effectués en véhicule motorisé individuel, et ce malgré l’élargissement de la communauté scientifique. Afin de limiter le recours aux véhicules privés, l’Organisation promeut des solutions de transport alternatives, telles que les transports publics et le covoiturage, et cherche constamment à améliorer les infrastructures de mobilité douce sur ses sites. Fin 2024, une enquête concernant les habitudes de mobilité a montré que 62 % des membres du personnel du CERN utilisent des véhicules motorisés pour les déplacements domicile-CERN, y compris en covoiturage, soit un taux stable par rapport à l’enquête de 2022. Au CERN, 70 % du personnel vient chaque jour de France, où l’offre de transports publics est moins étendue qu’en Suisse et où la proportion d’automobilistes est légèrement plus élevée. La part des trajets qui se font à pied ou à vélo est également stable, représentant 23 % des trajets domicile-travail (contre 24 % en 2022).
Le Plan de mobilité du CERN s’inscrit dans le plan directeur (Masterplan) 2040, qui expose la vision du Laboratoire concernant les besoins de développement de ses sites de Meyrin et Prévessin (voir Biodiversité, utilisation des sols et modification du paysage). Un groupe de travail sur la mobilité se réunit régulièrement pour examiner différentes thématiques, notamment la sécurité, les solutions de location de véhicules et de vélos, les transports publics, les infrastructures de mobilité douce et l’optimisation de l’accès au domaine. La collaboration avec les États hôtes vise à optimiser l’infrastructure de transport et l’accessibilité du Laboratoire tout en contribuant à des projets de mobilité douce profitables aux villes voisines.
En 2023 et 2024, 95 vélos électriques et 20 scooters électriques ont été ajoutés à la flotte existante de 500 vélos environ mis gratuitement à la disposition du personnel, et le nombre de stations de recharge pour véhicules et vélos électriques et d’abris de bus a augmenté. Un millier de nouvelles places de stationnement pour vélos ont été créées. Le CERN exploite aussi un service de partage de véhicules, une flotte de voitures de location et un service de navettes inter et intrasites. La flotte de voitures du CERN compte moins de 700 véhicules, et un plan prévoyant de réduire progressivement ce chiffre de 25 % et d’introduire des véhicules électriques – déjà 20 à ce jour – a été validé. L’objectif est d’atteindre une part de 50 % de véhicules électriques d’ici 2030.
RESTAURATION
Le CERN compte trois restaurants, six cafétérias et 75 distributeurs automatiques, tous gérés par des entreprises extérieures. Le principal prestataire, NOVAE, exploite tous les restaurants, cinq des cafétérias et 45 des distributeurs automatiques. En 2024, on estime que les restaurants ont servi en moyenne 2 000 plats par jour. Les émissions associées proviennent des produits alimentaires achetés en amont de la préparation et du service ; celles liées à l’énergie utilisée dans les cuisines pour la réfrigération et la préparation relèvent des émissions de champ 2. En 2023 et 2024, les émissions du CERN liées à la restauration étaient respectivement de 977 et 1 057 teqCO2 (678 et 1 034 teqCO2 d’émissions biogéniques). La viande rouge et les produits laitiers en représentent la majorité. Du fait d’une meilleure granularité des données, de l’actualisation de la méthodologie, des facteurs d’émissions utilisés et d’un retour à des niveaux de fréquentation des restaurants comparables à ceux d’avant la pandémie, on observe une augmentation des émissions liées à la restauration par rapport aux années précédentes (voir graphique).
Des améliorations sont apportées en continu pour réduire l’utilisation de plastique à usage unique et d’autres déchets.
NOVAE met actuellement à jour sa stratégie en matière de durabilité à l’horizon 2030 afin d’optimiser ses activités, d’augmenter l’utilisation de produits de saison locaux et de continuer de réduire son empreinte carbone ; l’entreprise avait réussi à la réduire de 29 % en 2024, en cessant d’importer des produits par avion, en prêtant attention à la provenance des produits frais et des fruits exotiques et en privilégiant les produits européens. Au CERN, l’initiative « ReCIRCLE » consiste à servir les plats dans des contenants réutilisables consignés. La campagne « No Gaspi », qui se déroule chaque année sur une période de quatre semaines consécutives, permet de mesurer le gaspillage alimentaire, de repérer les sources de gaspillage et d’élaborer des plans d’action pour le réduire. Les restaurants du CERN ont atteint l’objectif de 45 grammes de gaspillage par plat fixé par la Confédération suisse, ce qui correspond à une bonne gestion de la nourriture. Le pourcentage moyen de plats végétariens vendus dans les restaurants NOVAE a atteint 30 % en 2024, et l’offre continue de se diversifier. Le restaurant principal du CERN s’est vu décerner le prix « 2050Today » lors du concours de restauration durable « À table ! », organisé par la Ville et le Canton de Genève. Ce prix récompense les restaurants et cafétérias d’entités de la communauté internationale de Genève qui proposent une offre culinaire attractive et durable (produits locaux, de saison, choix de plats végétariens) et ont une démarche de réduction du gaspillage alimentaire.
ÉMISSIONS DE CHAMP 3 LIÉES AUX ACHATS
En 2023 et 2024, le CERN a dépensé respectivement 573 MCHF et 612 MCHF pour ses fournitures, services et commodités. Lors de ces deux années, 484 MCHF et 510 MCHF ont été respectivement dépensés pour des achats de fournitures et de services, dont les émissions entrent dans le champ 3, ce qui représente 84 % du total. Les émissions associées s’élevaient à 100 512 teqCO2 en 2023 et 102 730 teqCO2 en 2024. Les émissions liées aux achats représentent environ 90 % des émissions de champ 3 du CERN, et environ 29 % de ses émissions totales.
La méthodologie utilisée pour calculer les émissions liées aux achats suit la méthode basée sur les dépenses du protocole des GES établissant un lien direct entre les dépenses et les émissions. Elle utilise aussi des facteurs d’intensité des émissions repris de la base de données EXIOBASE 3 de 2021, actualisés en fonction des taux d’inflation propres aux pays pour 2023 et 2024. Enfin, elle inclut des données tirées du modèle de calcul Procurement Endpoint de Climatiq, qui est fondé sur les prix de base et prévoit des ajustements pour tenir compte de l’inflation. Du fait des limites de l’approche fondée sur les dépenses, le CERN s’engage à évoluer vers la méthodologie fondée sur les activités, plus précise.
En 2023, le Directoire élargi a approuvé la Politique du CERN pour des achats respectueux de l’environnement, à laquelle sont associées plusieurs actions de mise en œuvre (voir Achats et matériaux). Concernant les émissions de champ 3, un programme de dialogue avec les fournisseurs a été instauré afin d’évoluer progressivement vers des informations fondées sur les activités qui permettront des calculs plus précis des émissions liées aux achats. Il sera ainsi possible de mieux connaître les principales difficultés et priorités, en tenant compte de la complexité de l’infrastructure et de la gouvernance du CERN (voir Pour aller plus loin).

OBJECTIFS POUR 2030
À l’horizon 2030, l’objectif du CERN concernant les émissions de champ 1 est de réduire de 50 % les émissions de GES découlant de ses activités.
S’agissant des émissions de champ 2, le CERN entend maintenir ses émissions directes et indirectes liées à l’énergie stables par rapport à 2018.
S’agissant des émissions de champ 3, les objectifs sont : pour les déplacements domicile-travail, ramener à 50 % la part des transports motorisés individuels ; pour les voyages professionnels, réduire de 30 % les émissions par rapport à 2019 ; pour la restauration, augmenter l’offre de plats végétariens/végans pour atteindre 50 % de l’offre totale. Les objectifs en matière d’achats sont en cours d’élaboration dans le cadre du projet Politique du CERN pour des achats respectueux de l’environnement et seront présentés dans les futurs rapports.
POUR ALLER PLUS LOIN
Enrico Cennini est responsable du projet Politique du CERN pour des achats respectueux de l’environnement (CERP3) au sein du groupe Achats et services industriels du CERN.
— Quelles démarches le CERN a-t-il entreprises auprès de ses fournisseurs pour mieux comprendre l’impact des achats sur les émissions liées à sa chaîne d’approvisionnement ?
EC : La méthode basée sur les dépenses, appliquée actuellement, nous permet d’évaluer les émissions indirectes liées à la chaîne d’approvisionnement et d’identifier les familles d’achats sur lesquelles l’Organisation devrait concentrer ses efforts de décarbonation. Afin de renforcer les capacités de la chaîne d’approvisionnement, nous avons mené une enquête auprès des principaux fournisseurs et de ceux représentant 80 % des émissions de champ 3 (267 fournisseurs). Les objectifs étaient de collecter des données sur leur performance environnementale, notamment sur leurs stratégies de décarbonation, d’établir un classement par ordre de préférence grâce au modèle de Steele & Court, et d’élaborer des plans d’action sur mesure pour chaque catégorie et famille d’achats (voir schéma). Nous nous sommes concentrés sur six domaines très émetteurs de CO2 : génie civil ; ingénierie mécanique et matières premières ; services sur le domaine ; électronique et systèmes radiofréquence ; ingénierie électrique ; informatique. Ces plans visent à renforcer la durabilité de la chaîne d’approvisionnement et à aligner les efforts sur les objectifs environnementaux du CERN. Par ailleurs, le partage de connaissances et les échanges avec les pairs nous permettent d’affiner notre démarche. En 2023 et 2024, nous avons participé aux journées stratégiques internationales « Scope 3 Peer Group Strategy Days » afin de mieux comprendre les dernières évolutions et d’intégrer les bonnes pratiques et les enseignements tirés pour réduire les émissions de champ 3 liées aux achats.
— Quelles sont les futures actions prévues ?
EC : Notre objectif est d’améliorer constamment nos pratiques d’achat, en interne et en collaboration avec nos fournisseurs. Lorsque cela s’y prêtera, des facteurs environnementaux seront intégrés aux procédures d’appel d’offres et il sera exigé des fournisseurs des rapports plus détaillés sur leurs émissions. Afin d’aider les fournisseurs à rendre leur chaîne d’approvisionnement plus durable, nous voulons faciliter l’accès aux ressources et supports de renforcement des capacités, tels que les outils de calcul des émissions de CO2. Des ateliers permettront de partager les connaissances et de définir des objectifs communs ; le premier se tiendra en 2025 pour les entreprises fournissant des services sur le domaine du CERN. En outre, nous évaluerons un outil portant sur le devoir de diligence des fournisseurs afin de créer une base de données des fournisseurs engagés dans une démarche durable. Nous échangerons des idées avec des laboratoires pairs concernant nos pratiques d’achat durables, à travers des présentations et des conférences telles que le Forum Mégascience-Entreprises (BSBF), qui s’appuie sur les technologies de pointe et l’innovation pour créer des ponts entre les infrastructures de recherche et l’industrie en Europe.

