ALIMENTER LES ÉQUIPEMENTS SCIENTIFIQUES

Pour alimenter l’ensemble de ses accélérateurs, détecteurs, outils de calcul et autres infrastructures techniques d’exception, le CERN a principalement besoin d’électricité (environ 95 % de sa consommation totale d’énergie). Le Grand collisionneur de hadrons (LHC) compte pour 55 % de sa consommation totale. En 2023 et 2024, années d’exploitation, la consommation d’électricité du CERN s’est respectivement élevée à 1 096 GWh (3 946 TJ) et 1 290 GWh (4 645 TJ). En 2023, dans le contexte de la crise énergétique, l’exploitation des accélérateurs a été réduite de 20 % en portant l’arrêt technique hivernal à 19 semaines, ce qui a permis d’économiser environ 70 GWh d’électricité.

Des projets de rénovation des systèmes de ventilation et de refroidissement des accélérateurs sont en cours et permettront d’économiser 8 GWh par an. Pendant la période concernée par ce rapport, le système de ventilation qui refroidit le centre de données de Meyrin a été modernisé et doté de variateurs de vitesse. Depuis 2022, les installations cryogéniques du LHC fonctionnent en « mode économique » dès que possible, ce qui permet de réaliser jusqu’à 20 GWh d’économies d’énergie par an.

Le Laboratoire consomme aussi du gaz naturel pour le chauffage, du carburant pour ses véhicules et du diesel pour ses générateurs de secours ; en 2023 comme en 2024, il a consommé 43 GWh (154 TJ) d’énergies fossiles. Il utilise également de l’azote liquide industriel pour le refroidissement, ainsi que de petites quantités d’énergie photovoltaïque produites sur son domaine.

Le programme de physique du CERN repose sur la fourniture d’une quantité croissante de données aux expériences ; au LHC, on mesure cette performance à l’aide d’un paramètre appelé « luminosité ». Une luminosité plus élevée signifie plus de collisions proton-proton et donc plus de données collectées, ce qui améliore la précision statistique et le potentiel de découvertes. Mais elle peut aussi entraîner une hausse de la consommation d’électricité.

En plus de limiter l’augmentation de sa consommation à 14 % à l’ère du LHC à haute luminosité (HL-LHC) par rapport à celle de la troisième période d’exploitation, le CERN s’engage à améliorer son efficacité énergétique en optimisant la luminosité fournie par unité d’énergie consommée. Entre la première et la deuxième période d’exploitation (du démarrage du LHC à 2018), l’efficacité du LHC sur ce point a triplé. Avec le HL-LHC, une nouvelle amélioration d’un facteur quatre est prévue.

STRATÉGIE ÉNERGÉTIQUE DU CERN

Créé en 2015, le Comité pour la gestion de l’énergie (Energy Management Panel, EMP) pilote la stratégie du CERN en matière d’énergie selon trois axes : améliorer l’efficacité, consommer moins et récupérer l’énergie résiduelle. Cette stratégie est renforcée par la politique énergétique du CERN (publiée en 2022), la présence d’un coordonnateur énergie et l’EMP élargi, qui se réunit régulièrement pour englober toutes les activités du CERN au-delà du complexe d’accélérateurs. De plus, le CERN collabore étroitement avec ses États hôtes dans le cadre du Comité tripartite pour l’environnement (CTE), ainsi qu’avec ses opérateurs de réseaux de transport d’électricité et ses fournisseurs d’électricité.

L’achat d’énergie représente actuellement 5 à 10 % du budget annuel du CERN en période d’exploitation, et moins pendant les longs arrêts. L’électricité est essentiellement produite en France, où le bouquet énergétique est à plus de 95 % à faible émission de carbone (2024).

Dans le cadre du projet Politique du CERN pour des achats respectueux de l’environnement (voir Achats et matériaux), des orientations en matière d’achat d’équipements, de produits et de services ont été élaborées. Parmi les critères à considérer figure la performance énergétique au cours de la durée d’exploitation prévue. Ce critère s’applique à l’achat de tout élément dont la puissance dépasse 500 kW ou ayant une consommation d’énergie annuelle de plus de 5 GWh.


OPTIMISER L’ÉNERGIE SUR LE DOMAINE

L’énergie dont l’Organisation a besoin pour alimenter ses bâtiments et son infrastructure générale représente environ 10 % de sa consommation totale. Les efforts constants d’optimisation reposent sur un vaste programme de consolidation sur cinq ans, réexaminé annuellement pour ce qui concerne le chauffage, la ventilation, la climatisation et l’installation électrique. L’Office cantonal de l’énergie (OCEN) de Genève (Suisse), contribue en grande partie au financement de ces travaux de consolidation à Meyrin.

D’autres mesures viennent renforcer ces efforts, notamment le retardement du démarrage annuel du chauffage centralisé, son adaptation aux conditions météorologiques et la réduction de la température des chaudières, soit des économies de gaz de 15 GWh par rapport aux niveaux d’avant 2022. En 2023, une campagne de remplacement des ampoules halogènes par des LED a été lancée dans les bâtiments tertiaires. Fin 2024, 95 % des ampoules (50 000 au total) avaient été remplacées, permettant d’économiser environ 3 GWh d’électricité par an.


CALCUL ET INFRASTRUCTURE INFORMATIQUE

Avec le projet LHC à haute luminosité (HL-LHC), le volume de données collectées devrait être multiplié par dix pendant la période d’exploitation de la machine (soit jusqu’en 2041) par rapport au volume produit par le LHC, ce qui augmentera considérablement la capacité de calcul pour les expériences. Le CERN s’engage à compenser la hausse des besoins en énergie liée à cette augmentation en optimisant l’infrastructure informatique ainsi que ses outils matériels et logiciels. En adoptant des approches innovantes pour les principales tâches informatiques (apprentissage automatique et autres technologies connexes notamment), le CERN s’efforce de réduire les ressources informatiques nécessaires, limitant ainsi l’augmentation de la consommation d’énergie.


Le nouveau centre de données de Prévessin, inauguré en février 2024, est conçu pour fournir au réseau informatique jusqu’à 12 mégawatts (MW) de puissance, déployés en trois phases pour répondre à l’évolution des besoins. Le passage à la deuxième phase (8 MW) est prévu pour 2027-2028, afin de couvrir les besoins de la première campagne du HL-LHC (quatrième période d’exploitation). Le centre de données vise un indice d’efficacité énergétique (PUE) d’environ 1,1 — soit un niveau nettement meilleur par rapport à la moyenne du secteur, les grands centres ayant généralement un PUE de 1,5 et les nouvelles installations un PUE compris entre 1,2 et 1,4 (1,0 étant la valeur idéale). Le Centre de données de Meyrin, dont le PUE est inférieur à 1,5, se situe dans un bâtiment des années 1970 qui, à l’origine, n’a pas été conçu pour des équipements modernes. Il continuera d’être exploité, principalement pour des activités de stockage. Des plans d’amélioration de son efficacité énergétique et de sa durabilité, par exemple en réduisant le nombre de systèmes UPS et de batteries, sont à l’étude.

Prise de conscience croissante, hausse des coûts de l’énergie, exigences réglementaires plus strictes, autant de facteurs qui suscitent un engagement plus fort en faveur de pratiques durables en matière de calcul. La collaboration WLCG s’engage collectivement à évaluer de nouvelles méthodes et technologies pour limiter son impact sur l’environnement, et un premier atelier pour une WLCG plus durable s’est tenu en décembre 2024. Les premiers objectifs consistent à créer un cadre pour la collecte d’informations en matière d’efficacité énergétique, faciliter l’utilisation de matériel plus économe en énergie, et élaborer et promouvoir un plan visant à accroître l’efficacité énergétique et à réduire l’empreinte carbone. Sont concernés les modèles de calcul, les installations, ainsi que les technologies matérielles et leur cycle de vie.


POUR ALLER PLUS LOIN

Nicolas Bellegarde est le coordonnateur Énergie du CERN.

— Qu’a fait le CERN pour évaluer l’utilisation potentielle de l’énergie solaire ?

NB : Conformément aux exigences de la norme ISO 50001, la diversification des sources d’énergie fait partie de la stratégie énergétique de l’Organisation. L’énergie photovoltaïque est à l’étude depuis quelque temps et nous avons pour la première fois évalué la possibilité d’utiliser les infrastructures présentes sur le domaine du CERN, notamment les toits et les parkings, pour y installer des panneaux solaires afin de produire 10 % de nos besoins en électricité. Une étude a été réalisée en collaboration avec l’entreprise Swiss Solar City. Celle-ci a révélé que la surface potentiellement utilisable au CERN s’étendait sur environ 100 places de parking et 5 000 à 10 000 m2 de toit pour des avantages peu significatifs. Nous avons donc poursuivi nos démarches auprès de partenaires extérieurs sous la forme de contrats d’achat d’électricité (PPA).

— Quelle est la portée des contrats de type PPA signés fin 2024 ?

NB : Les PPA garantiront la fourniture d’électricité provenant de centrales solaires situées dans le sud de la France, qui offrent un accès à environ 90 hectares de panneaux solaires (l’équivalent de 120 terrains de football). Cette superficie représente environ 40 % de la zone clôturée du CERN ; il n’aurait donc pas été possible de mener un projet de cette ampleur sur le domaine de l’Organisation. Le CERN devrait recevoir de l’électricité provenant de ces centrales dès janvier 2027. Le Laboratoire s’est engagé à acheter de l’électricité produite par des centrales solaires, pour une puissance de crête de 95 MW et un total de 140 GWh/an sur une période de 15 ans.