
RAYONNEMENTS IONISANTS
Au CERN, les rayonnements ionisants sont dus aux collisions des faisceaux de particules avec la matière. Ils sont aussi produits par les sources radioactives utilisées pour tester et étalonner les équipements afin de sécuriser leur utilisation. Le CERN s’engage à améliorer continuellement ses procédures et ses systèmes pour limiter l’exposition des travailleurs, du public et de l’environnement, ce qui fait de lui une référence en la matière.
GESTION DES RAYONNEMENTS IONISANTS AU CERN
Le CERN utilise des systèmes de radioprotection et de sûreté radiologique internationalement reconnus et contribue également à leur mise au point. L’Organisation améliore sans cesse ses procédures visant à limiter le risque d’exposition aux rayonnements et la diffusion de matières radioactives. Elle applique le principe ALARA (As Low As Reasonably Achievable – aussi bas que raisonnablement possible), de la conception au démantèlement des installations, en passant par leur exploitation.
Le cadre juridique du CERN sur la radioprotection englobe la protection de son personnel, du public et de l’environnement et s’appuie sur la législation des États hôtes, les normes européennes et internationales et les bonnes pratiques en matière de radioprotection et de sûreté radiologique. Un accord tripartite entre l’Organisation et ses États hôtes, en vigueur depuis 2010, offre un cadre juridique transparent et collaboratif aux discussions concernant la sûreté radiologique et la radioprotection au CERN (voir Approche managériale). Dans ce contexte, le CERN remet aux autorités suisses et françaises des rapports trimestriels de surveillance environnementale portant sur les aspects radiologiques et physicochimiques.
| Que sont les rayonnements ionisants ? Les rayonnements ionisants sont un phénomène naturel. Ils proviennent de certains minéraux présents sur terre ou de l’espace (rayonnement cosmique ou ultraviolet). Cependant, ils peuvent aussi être produits artificiellement à des fins médicales ou de diagnostic (rayons X). Les installations industrielles et scientifiques peuvent également générer et utiliser des rayonnements ionisants. Quotidiennement, les humains sont naturellement exposés à de faibles doses de rayonnements ionisants provenant de ces sources naturelles ou artificielles. Les limites d’exposition aux rayonnements ionisants sont définies par la réglementation, fondée sur le constat que les risques pour la santé augmentent proportionnellement à l’exposition à ces rayonnements. D’après des données probantes, les cellules peuvent réparer les dommages causés par les rayonnements à faible dose. Au cours d’une année normale, nous recevons une dose d’environ 3 mSv de rayonnements d’origine naturelle. Certaines activités, comme prendre l’avion, fumer ou passer une radiographie, peuvent augmenter cette dose. |
SURVEILLANCE ET PRÉVISIONS
Le Laboratoire exploite un vaste réseau de détecteurs de rayonnements et de systèmes d’échantillonnage en ligne. En 2024, le programme de surveillance environnementale comptait 131 stations, dont 35 pour le rayonnement diffusé, 60 pour la ventilation et l’eau, 16 pour la surveillance physicochimique et le reste pour l’échantillonnage d’aérosols et la surveillance météorologique. Ce programme est complété par l’utilisation de dosimètres thermoluminescents et la mesure d’échantillons environnementaux.
L’infrastructure de surveillance environnementale fait partie des systèmes automatisés de contrôle et de sécurité du CERN. Le système REMUS (Radiation and Environmental Monitoring Unified System) permet aux opérateurs d’observer en temps réel les niveaux de rayonnement sur le domaine et de recevoir des alertes en cas d’anomalies.
Les modèles qu’utilise le CERN pour évaluer les doses susceptibles d’être reçues par la population locale s’appuient sur des modèles et normes largement reconnus. En avril 2023, ces modèles ont été examinés et validés par les autorités des États hôtes ; ils sont aujourd’hui utilisés pour toutes les évaluations de l’impact radiologique du CERN sur l’environnement, y compris les évaluations rétrospectives d’activités actuelles et les études de l’impact prévisionnel de futurs projets.
En outre, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) de Suisse et l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR, anciennement ASN) de France installent leurs propres dispositifs de surveillance sur le domaine du CERN afin de contrôler le rayonnement diffusé et la radioactivité environnementale à l’intérieur et à l’extérieur du périmètre du Laboratoire. Ces contrôles contribuent aux campagnes annuelles de mesure au-delà du périmètre du CERN, en Suisse comme en France.

IMPACT RADIOLOGIQUE MINIME
L’impact radiologique du CERN sur la population est très faible. En 2024, la dose effective reçue par toute personne vivant à proximité du Laboratoire était inférieure à 0,01 millisievert (mSv), un niveau plus de 100 fois inférieur à la limite d’exposition du public aux sources réglementées, fixée à 1 mSv par les États hôtes.
Au CERN, tous les travailleurs susceptibles d’être exposés à des rayonnements ionisants possèdent un dosimètre personnel mesurant leur exposition. La fréquence d’exposition varie selon que les accélérateurs sont en période d’exploitation ou d’arrêt. Les dispositions et mesures prises par le CERN lui permettent de rester bien en deçà des limites réglementaires de 6 mSv pour les travailleurs exposés à des rayonnements de catégorie B et de 20 mSv pour les travailleurs de catégorie A, conformément aux réglementations suisse et européenne. La majorité des travailleurs exposés à des rayonnements reçoivent une dose nulle (0 mSv).
OBJECTIFS POUR 2030
Malgré un programme de physique toujours plus vaste, l’objectif du CERN à l’horizon 2030 est de maintenir son impact radiologique sur l’environnement à un niveau négligeable en optimisant constamment ses installations et ses activités, afin que les doses potentiellement reçues par le public restent en dessous de 0,02 mSv par an.
POUR ALLER PLUS LOIN
Angela Goehring-Crinon est juriste au sein de l’unité HSE et responsable des relations avec les autorités des États hôtes chargées de la radioprotection et de la sûreté radiologique. Stefan Roesler est le chef du groupe Radioprotection. Tous deux partagent leurs points de vue sur les conséquences de l’Accord tripartite relatif à la radioprotection et à la sûreté radiologique, signé en 2010.
— Quinze ans après sa signature, quelle a été l’influence de l’Accord tripartite sur l’approche réglementaire adoptée par le CERN en matière de radioprotection et de sûreté radiologique ?
AGC : L’Accord tripartite constitue un cadre réglementaire unifié pour les discussions sur la meilleure manière d’atteindre, dans le contexte des activités du CERN, l’objectif commun de protéger les personnes travaillant sur le domaine, ainsi que le public, contre les rayonnements ionisants.
Faire en sorte que le CERN se conforme aux normes de bonnes pratiques appliquées dans les États hôtes et en Europe tout en tenant compte des caractéristiques techniques et organisationnelles qui lui sont propres est un défi que nous relevons grâce à un dialogue ouvert et constructif entre les parties. Par exemple, nous avons mis au point une méthode de classification originale pour le transport du matériel radioactif du CERN, qui garantit le respect des procédures prévues par l’Accord européen relatif au transport international des marchandises dangereuses par route (ADR) dans son contexte transfrontalier. Les États hôtes nous facilitent également la tâche en reconnaissant les autorisations délivrées par l’autre pays et en nous permettant d’utiliser la voie la plus appropriée pour éliminer nos déchets radioactifs dans l’un ou l’autre des deux pays, conformément au principe de partage équitable (voir Déchets).
— D’un point de vue technique, comment l’Accord tripartite a-t-il influencé l’élaboration et la mise en œuvre de mesures de radioprotection ?
SR : L’Accord tripartite garantit la mise en œuvre de mesures de radioprotection harmonisées dans toutes les installations du CERN, où qu’elles se trouvent. Il englobe tout le cycle de vie d’une installation : conception, pratiques de radioprotection opérationnelle et gestion des déchets radioactifs.
Prenons par exemple la méthode de libération simplifiée pour les éléments provenant de zones radiologiques à risque négligeable d’activation. Élaborée en interne et approuvée par les États hôtes, elle permet une classification radiologique rapide des éléments retirés pendant les périodes d’arrêt – condition essentielle au fonctionnement efficace du CERN – tout en garantissant le respect des obligations en matière de radioprotection.
L’Accord a également permis d’améliorer la gestion des déchets radioactifs en centralisant leur traitement avant leur élimination et en tirant parti de l’infrastructure des États hôtes pour une élimination durable.
Enfin, il faut mentionner la méthode mise au point pour évaluer l’impact radiologique du CERN sur la population et l’environnement, approuvée par les autorités des États hôtes. Cette méthode est spécialement prévue pour contrôler les émissions du CERN dans le contexte qui lui est propre.
