CONNAISSANCES ET TECHNOLOGIES POUR L’ENVIRONNEMENT
En repoussant les frontières de la science, le CERN est amené à rechercher et créer des technologies susceptibles de profiter à tous. Il contribue à des innovations dans le domaine environnemental, en collaborant avec le monde universitaire et l’industrie et en permettant à des instituts et groupements de recherche d’utiliser son campus comme banc d’essai pour le développement de solutions durables.
PARTENARIATS POUR L’INNOVATION ENVIRONNEMENTALE
Les nombreux partenariats noués avec l’industrie, le monde universitaire et celui de la recherche dans cinq grands domaines – dont l’environnement – sont le moteur des activités de transfert de technologies du CERN.
Le programme Innovation en matière d’applications environnementales (CIPEA) a été lancé en 2022 en invitant la communauté du CERN à proposer des idées d’applications environnementales innovantes reposant sur les technologies, le savoir-faire et les installations du CERN. En 2023-2024, il a été élargi à des projets retenus conjointement avec des partenaires extérieurs, dans des domaines définis par la stratégie de 2022. Les huit projets CERN initialement sélectionnés produisent déjà des résultats. En comptant les nouvelles initiatives définies avec l’industrie, le nombre de projets à un stade avancé est aujourd’hui de 25. Le financement du programme CIPEA, à 80 % extérieur, provient principalement de partenaires industriels des États membres. Les projets en cours portent sur quatre domaines : énergies à faible émission de carbone ; transports non polluants et mobilité du futur ; changement climatique et contrôle de la pollution, et durabilité et science verte.
ÉNERGIES RENOUVELABLES ET À FAIBLE ÉMISSION DE CO2
Plusieurs technologies du CERN pourraient être appliquées au domaine de la fusion, source d’énergie non émettrice de gaz à effet de serre (GES) et produisant peu de déchets radioactifs, qui pourrait devenir une alternative fiable et durable aux combustibles fossiles et à la fission nucléaire. En collaboration avec différents partenaires industriels, tels que l’entreprise allemande de sidérurgie Rolf Kind GmbH, le CERN teste la résistance de pièces en acier inoxydable à des charges extrêmes et aux températures cryogéniques. En outre, le Laboratoire a noué des partenariats stratégiques avec des entités publiques et privées (EUROfusion, Gauss Fusion et Eni), afin de créer des synergies entre la technologie de l’énergie de fusion et celle des accélérateurs de particules, notamment pour la mise au point de collisionneurs de muons et de supraconducteurs à haute température critique.
En 2023, un partenariat a été conclu avec SuperNode (Irlande) dans le domaine des technologies de transport d’énergie, essentielles pour l’intégration des énergies renouvelables. Grâce à son savoir-faire en matière de systèmes de vide, le CERN aide l’entreprise à créer des cryostats perfectionnés pour assurer l’isolation thermique de câbles supraconducteurs. Ces câbles sont conçus pour transférer l’électricité produite, par exemple, par des parcs éoliens flottants, sur de grandes distances et avec le moins possible de maintenance et de pertes électriques.
TRANSPORTS NON POLLUANTS ET MOBILITÉ DU FUTUR
Le transport est l’une des sources d’émissions de GES qui se développent le plus vite, et les efforts de transfert de technologies du CERN visent à trouver des solutions de mobilité plus propres, sûres et efficaces dans les domaines aérien, maritime, ferroviaire et automobile.
La mise au point de technologies pour le transport d’hydrogène liquide par voie maritime, favorisant l’économie durable de l’hydrogène, en est un bon exemple. L’hydrogène est une source d’énergie prometteuse, car il n’émet pas de GES et permet de stocker une grande quantité d’énergie. Afin d’être transporté et stocké efficacement, il doit être refroidi à -253 ℃ pour prendre sa forme liquide, ce qui impose aux réservoirs embarqués des contraintes de conception thermique. En outre, les fuites doivent être limitées le plus possible, l’hydrogène étant très volatil et inflammable. Le CERN collabore avec Gaztransport & Technigaz (GTT) à la création de grands réservoirs à hydrogène liquide (LH2) pour le transport maritime. Il s’agit d’adapter au LH2 la technologie utilisée pour le transport du gaz naturel liquéfié en optimisant les spécifications des matériaux, les procédures de soudage, ainsi que les matériaux destinés à la couche de vide d’isolation.
En 2022, un partenariat a été conclu avec UpNext, filiale d’Airbus, afin d’étudier l’utilisation potentielle des technologies supraconductrices du CERN dans les futurs avions à faibles émissions. En 2023, une étape-clé a été franchie avec la mise au point, la fabrication et les essais au CERN de SCALE (Super-Conductors for Aviation with Low Emissions), démonstrateur basé sur des lignes d’alimentation supraconductrices.
CHANGEMENT CLIMATIQUE ET CONTRÔLE DE LA POLLUTION
L’expertise et les technologies du CERN contribuent à faire avancer la modélisation et la surveillance environnementales grâce à l’observation de la Terre. Ces processus jouent un rôle essentiel pour évaluer la pollution, gérer les ressources et faire face aux catastrophes naturelles.
Grâce à sa connaissance de l’apprentissage automatique, le CERN contribue à la plateforme de modélisation et de prévision environnementales EMP2, projet révolutionnaire mené conjointement avec Forschungszentrum Jülich (Allemagne) et le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF) afin de créer un jumeau numérique basé sur l’IA pour la dynamique atmosphérique. Entraîné avec les données du programme Copernicus, cet outil améliore les prévisions météorologiques grâce au « nowcasting » (prévisions sur une fenêtre allant jusqu’à six heures), à une résolution accrue des phénomènes météorologiques extrêmes (de 32 à 6 km) et à la correction des biais de précipitations. Basé sur un logiciel open source de type ATMOREP, il permet d’effectuer des prévisions rapides et fiables d’événements extrêmes et s’avère plus efficace que les modèles météorologiques numériques traditionnels. L’outil EMP2 sera utilisé pour le projet WeatherGenerator afin de combiner toutes les sources de données dans un modèle multitâche. Dans le cadre du récent partenariat entre le CERN et le Programme alimentaire mondial, il permettra de prévoir la production de cultures saisonnières afin de répondre au problème de la faim dans le monde.
Le projet Edge SpAIce, financé par l’UE, est une collaboration entre le CERN, EnduroSat (Bulgarie), NTU Athens (Grèce) et AGENIUM Space (France), visant à développer pour les satellites un système embarqué qui permettra d’obtenir et de traiter des images haute résolution à l’aide d’un réseau neuronal profond, afin de détecter et suivre la pollution plastique des océans. Ce système sera basé sur l’intelligence artificielle embarquée (Edge AI), technologie de pointe développée au CERN qui assurera un traitement des données en temps quasi réel au niveau du satellite, reproduisant la méthode de filtrage des données du LHC.
Le projet UTMOST CLEEN vise à éliminer une partie des émissions de gaz nocifs (SOx et NOx) produites par des secteurs tels que le transport de marchandises et les semi-conducteurs, grâce à une technologie compacte et durable de traitement des gaz de combustion par faisceau d’électrons (technologie EBFGT). Celle-ci permet de réduire jusqu’à 95 % les émissions de SOx et jusqu’à 80 % celles de NOx.
DURABILITÉ ET SCIENCES VERTES
Le projet MotorSense est une collaboration entre le CERN et ABB reposant sur l’utilisation de capteurs intelligents et de jumeaux numériques pour optimiser l’utilisation d’énergie dans les systèmes de refroidissement et de ventilation. Depuis 2022, plus de 100 capteurs ont été installés sur plus de 800 moteurs basse tension pour contrôler la puissance de sortie, la vitesse, la vibration et l’efficacité de fonctionnement. Les algorithmes des capteurs et les jumeaux numériques génèrent des recommandations en matière d’économies d’énergie, le potentiel de réduction de la consommation d’électricité étant de 17,4 % (jusqu’à 31 GWh par an). Cette approche innovante est transposable à d’autres infrastructures ayant des contraintes de refroidissement et de ventilation similaires.
Afin de réduire ses émissions de GES, le CERN cherche des alternatives à certains gaz, notamment au SF6, qui sert au refroidissement des détecteurs et à la détection de particules (voir Émissions). Ce gaz à effet de serre à haut potentiel de réchauffement climatique est également utilisé dans les systèmes de radiofréquence de diverses installations utilisant un accélérateur, notamment les installations d’hadronthérapie. Il possède d’excellentes propriétés diélectriques et d’isolation contribuant à empêcher les pannes électriques dans les installations de haute puissance. Afin d’éliminer le SF6, le CERN a noué un partenariat avec AFT Microwave (Allemagne) pour mettre au point un circulateur à guide d’ondes haute puissance, compatible avec le vide, visant à protéger les générateurs contre la puissance réfléchie. Cette innovation pourrait aussi être profitable à l’industrie du disjoncteur, en apportant une solution durable pour les dispositifs de haute puissance.
INITIATIVE GREEN VILLAGE
L’initiative Green Village du CERN a récemment été lancée pour permettre aux groupements de recherche et aux acteurs industriels innovants d’Europe de collaborer, et de tester et d’étendre leurs solutions durables. Dans ce cadre, l’Organisation offre un accès à son campus et à ses infrastructures, technologies et espaces verts, ainsi qu’à ses ingénieurs, scientifiques et étudiants de diverses disciplines participant aux cours sur l’innovation basés sur des projets à IdeaSquare. L’objectif est de jouer le rôle de partenaire de démonstration pour les projets de groupements Horizon Europe et/ou de banc d’essai pour les solutions et technologies durables. Neuf domaines prioritaires ont été définis, parmi lesquels la production d’énergie, le transport, le stockage, la logistique, la construction durable, et la réduction de la pollution et de la production de déchets. Par ailleurs, des stratégies sont en cours d’élaboration pour protéger et renforcer la biodiversité grâce à des techniques d’analyse des données massives permettant de réduire l’empreinte carbone.
En 2024, le CERN a entamé une collaboration avec l’Université de Nice Côte d’Azur pour un projet d’évaluation de systèmes de surveillance de la biodiversité basés sur l’Internet des objets (IoT) utilisant des capteurs environnementaux innovants et peu coûteux, et l’IA en périphérie (Edge AI). À la clé, de précieuses informations sur la biodiversité des sites du CERN et son potentiel de développement et de préservation. Par ailleurs, le groupe ELEDIA@UniTN, de l’Université de Trente, teste des solutions SEME (Smart Electromagnetic Environment) au Green Village. Ce projet, qui utilise des réflecteurs passifs statiques 6G, offre une solution peu énergivore aux problèmes de connectivité dans les tunnels et les zones urbaines. Associant outils de SIG et de CAO, le projet s’appuie sur l’infrastructure du CERN pour élaborer des prototypes et mener des analyses comparatives afin de mettre au point des solutions sans fil durables et rentables.

« Nous sommes au beau milieu d’une course mondiale aux technologies qui façonneront le monde de demain, des technologies propres aux technologies quantiques, de l’IA à la fusion […] Votre mission centrale, au CERN, a toujours été la recherche fondamentale. Mais tout au long de votre histoire, vous avez généré des retombées positives pour notre société et notre économie… Vous collaborez avec les industries européennes pour mettre au point des avions à faible émission ou créer de nouvelles solutions de transport de l’hydrogène liquide […] Nous avons besoin de plus de partenariats de ce type entre la recherche et l’industrie, de plus d’idées qui passent du laboratoire à l’usine. »
Ursula Von der Leyen, présidente de la Commission européenne, cérémonie officielle du 70e anniversaire du CERN
